La Seine et Marne

Villefermoy ; terre de pouvoir, marque de puissante

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Comme les cernes sur la coupe d’un tronc consignent le temps, la forêt de Villefermoy raconte l’histoire de la Brie. Sillonnée de peu d’itinéraires, elle est restée longtemps inaccessible et exploitée tardivement, réputée plus dangereuse que les autres bois de la région. Dans des temps anciens, les moines des abbayes de Barbeau, de Preuilly et de Saint-Germain-des-Prés s’en partageaient les profits. Puis elle se dressa tel un rempart végétal entre l’Île-de-France royale et la puissance des comtes de Champagne. Semblables aux vestiges d’une architecture militaire, tours de guet massives, de grands arbres vénérables et solitaires sont les témoins vivants de ces époques.

L’épaisseur des fourrés a su préserver le mystère de cette forêt ancienne. À s’enfoncer le long d’un chemin sombre, protégé par la voûte épaisse et feuillue, l’inconscient du promeneur lui remémore quelques peurs ancestrales. Ce décor sylvestre ranime l’imaginaire de son enfance et des personnages qui le peuplait : l’ogre, la sorcière... et le loup. Loin de l’exotique diversité des paysages de sa voisine bellifontaine et d’une fréquentation dévastatrice, son caractère austère et noble renforce la sensation, quand on la traverse, de parcourir l’histoire des activités humaines, hébergées dans ses profondes futaies. L’une de ces traces lointaines est sans doute au bout de l’étang de Villefermoy qui, par son étendue, ouvre l’horizon. L’eau vient buter sur la longue digue grise d’où quelques enfants viennent braconner. En contrebas, les ramures dissimulent les vieux bâtiments de la Grange Villefermoy dont l’ordonnance trahie l’œuvre et l’ingéniosité des moines de Barbeau : moulin, granges. Une haute tour médiévale émergeant des cimes semble veiller sur les lieux. Les propriétaires actuels ont su cultiver la splendeur et la sérénité discrète de l’endroit... sans vœu de pauvreté. Quel contraste, lorsque plus loin, les hauts murs et les grilles noires de Champ Brûlé tiennent à distance le regard du promeneur de l’imposant édifice qu’une volée de girouettes rehausse. On imagine à l’opposé la grande façade ouvrant sur la perspective d’un grand parc.

On découvre aussi une forêt plus secrète et romantique. On doit alors emprunter le chemin qui mène au Buisson, nom plus évocateur que modeste. Le désordre sauvage et naturel des sous-bois se mue brutalement en allée plus policée, élargie, entrainant le regard vers un domaine endormi où la pierre rugueuse de l’édifice contraste avec le vert rideau qui l’enserre. Tout semble immuable dans cet écrin que la lumière écrase. De quelle histoire ce lieu pourrait témoigner ? Nous décrirait-il le long cortège de cabriolets attelés que les lueurs dansantes des lucioles posées à un rythme régulier guident jusqu’à la demeure. Comme des papillons de nuit attirés par cette grosse lanterne de pierre, les voitures déversent hautes formes et crinolines, conviés par de riches banquiers à une soirée mondaine. Le caractère rustique et champêtre de la propriété qui semble enracinée dans cette clairière, tranche avec son voisin sophistiqué et vertical, paré de rose : la Grande Commune.

Comme le château des Boulains, les deux domaines restent inaccessibles au visiteur et ne livrent rien de leur fastueux passé... Dans la fraicheur matinale résonne encore la clameur des équipages de chasse, armés par les riches familles de la bourgeoisie industrielle, où la bruyante impatience des chevaux et le vacarme des chiens se mêlaient. L’ombre des Greffuhle et des Deutsch de la Meurthe, derniers seigneurs de cette forêt que leur puissance et son ostentation poussaient à créer le plus grand domaine de chasse d’Europe, hante encore Villefermoy. Cette folie aura permis de la préserver d’une autre plus contemporaine : l’agriculture intensive et son défrichement dévastateur. Ces bois ont su protéger d’autres grands domaines familiaux comme les Bordes. Certains n’ont pas pu se préserver du temps. Le Bois Boudran et sa duchesse qui inspira Proust ont disparu. Et si l’anglais y vient « putter » sur le nouveau gazon du parc, les Princes de Galles n’y chassent plus… Votre curiosité vous mènera à croiser la silhouette décharnée et pillée d’une belle villa à l’abandon près de la Loge des Près ou de la ferme des Fossés. Ses élégantes du XIXème rendraient jalouses les Affolantes du bord de Seine.

Mais ne dévoilons pas tout... Au centre du massif forestier, le château des Moyeux (milieu) renferme aussi des histoires d’amour et de maîtresse oubliée que le maître des lieux vous contera volontiers… d’essences de fleurs cultivées tout autour dans un parterre immense de serres qui couvrait les terres jusqu’à Tourneboeuf. Dans le parc, seul le jardin d’hiver ruiné subsiste pour témoigner de l’âge d’or d’une famille de parfumeur. Au levant, La Grande Haye de Brie, qui jadis bordait la forêt, annonce le Provinois.


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jeudi 25 septembre 2008
 
 
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