L’augmentation du nombre des créations d’entreprise interroge aujourd’hui, dans un contexte exacerbé par la crise, la question du salariat et le rapport au travail. 327 396 entreprises ont été créées en 2008 ce qui confirme la tendance de 2007 qui était déjà un crû exceptionnel. Certes, le rythme a un peu fléchi en fin d’année, ce qui est compréhensible.
Certains y voient le triomphe de l’esprit libéral et le fait que la France s’accepte, finalement, telle qu’elle est vraiment. Le nouveau statut d’auto-entrepreneur n’est pas non plus étranger à cet engouement tant il comporte de points intéressants pour un aspirant créateur. D’autres lisent plutôt les signes d’une fracture aux multiples facettes. Le modèle libéral montre toutes ses limites et sa dangerosité avec le crash de 2008. Les nouveaux créateurs ne croient plus en la récompense par le travail. Ils ont décidé de franchir le cap, encouragés par des mesures incitatives et une facilitation administrative même si les banques ont pu jouer, à contrario, la carte du désengagement et ne pas faciliter leur tâche.
"Le regard des Français sur la création d’entreprises a considérablement changé depuis 2001. La création d’entreprises est devenue un acte naturel. Le statut d’auto-entrepreneur va accélérer cette évolution," se réjouissent Catherine Lagarde et Hervé Novelli. Peut-être… mais n’est ce pas aussi et encore une manière d’externaliser la fragilité ? Avec 2,5 millions de français en contrat précaire aujourd’hui (CDD, intérim…), avec une grève du 29 janvier qui, par son succès (entre 1,2 million et 3 millions de manifestants selon les différentes sources) doit inciter les politiques à réfléchir sur de nombreux points, notamment sur ce qui rassemble aujourd’hui les ouvriers, les cadres moyens, les retraités, les étudiants, les chômeurs, les agents administratifs…. la pauvreté et la peur de l’avenir !
« C’est la première fois que je manifeste, je suis cadre et j’ai peur de l’avenir. Surtout, j’en ai marre qu’en période de crise, l’on me menace d’un licenciement potentiel alors que, par ailleurs, les actionnaires de mon entreprise vont se goinfrer de dividendes ! » martèle Paul, gréviste anonyme dans une foule éclectique mais déterminée. Ils doivent aussi être attentifs à une société française en pleine métamorphose, qui ne croit plus beaucoup en ses représentants, quels qu’ils soient d’ailleurs, et qui réalise aussi ses différences et ses injustices. « Comment fait-on avec 900€ par mois, je n’ai droit à rien, j’ai un enfant à charge et je ne suis pas recevable pour un logement que, de toutes façons, je ne pourrai pas payer ! ? » s’exclame Marie, jeune mère célibataire toulousaine.
Le président, Nicolas Sarkozy, est un intuitif qui sent ces mouvements. Il est aussi loin des préoccupations quotidiennes exprimées. La France en grève se voit, la France qui gronde s’entend… Xavier Darcos fait d’ailleurs marche arrière aujourd’hui.
Est-ce que la France veut des réformes ? Bien sur, elle en a besoin. Mais cela ne peut pas se faire à la hussarde et sans consulter les premiers concernés, les français. La France aspire à un modèle plus juste, à un système économique qui remette le travail au centre mais qui prenne aussi en considération le monde qui évolue et les enjeux du développement durable. Travailler moins, peut-être plus longtemps, mais en vivant décemment tout en ayant du temps pour les siens, pour le sens de la vie… est ce utopiste ?

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