En novembre, au Centre de formation du SDIS 77 à Gurcy-le-Châtel, sous l’égide du Conseil général de Seine et Marne, le Comité Départemental du Tourisme conviait élus et acteurs locaux, partenaires institutionnels et associatifs à la présentation des premières orientations, faisant suite à la création fin 2007 du troisième Pôle Touristique Régional sur le département. Ces axes de réflexions émanaient d’une étude stratégique de développement touristique réalisée par un cabinet spécialisé missionné par les deux collectivités territoriales, initiatrices de cette politique. Ambitieux, puisque couvrant la géographie de cinq cantons (Donnemarie-Dontilly, Bray-sur-seine, Nangis, Provins et Villiers-Saint-Georges), cet état des lieux regroupait tout de même 94 villes et villages de l’Est du Département, soit 20% de ses communes. Saisie en 4 mois seulement, cette photographie synthétisait les atouts, richesses et faiblesses de cet espace rural ouvert sur la Champagne et la Bourgogne.
Rien de très novateur apparaissait et l’auditoire bruissait du même accord satisfait. Pourtant, on pouvait s’interroger sur le bien-fondé de rattacher comme "outremer", la commune de Lumigny-Nesles-Ormeaux si l’on n’y entendait pas rugir la machine touristico-économique de son parc animalier. Regardant ce mariage de la carpe et du félin, le naïf pourrait s’étonner. Et quelle idée de "carotter" du canton de Rozay-en-brie, planté au centre de la Brie, cette marchande attraction qui complète une offre de loisir groupée avec un autre animal doté de grandes oreilles. D’autant plus curieux que le débat proposé s’appuyait sur une étude mettant en valeur l’histoire et le patrimoine locaux, le caractère naturel de ce territoire unique en l’Ile-de-France, comme identité forte et axe principal de son futur développement touristique. Le tout rayonnant autour d’une ville centre : Provins.
Que venait faire alors cet acteur touristique ? Comment légitimer son rattachement ? Lui-même s’était déplacé d’une région vers la nôtre, attiré exclusivement par l’attractivité du potentiel économique généré par le rongeur américain proche, et sans doute aidé intelligemment pour son installation par l’ingénierie départementale. Pas d’autre sens de l’accueillir en Seine-et-Marne ! La Fontaine se serait amusé du lion soutenu par la souris.
Pour autant, on peut se réjouir de l’intérêt politique régional et départemental de concourir à l’essor de ce secteur. Il était plus dommageable que cette intention révèle ce soir-là l’incurie des élus locaux. Les mêmes, à quelques années de là s’étaient réunis aux Ormes-sur-Voulzie autour d’un constat identique rendu déjà par un cabinet conseil mandaté par le Comité Départemental du Tourisme : l’absence d’infrastructures hôtelières, de transport, de restauration... bref, des moyens d’attirer et de fixer une clientèle touristique susceptible d’alimenter une économie et de l’emploi localement. Ladite clientèle était déjà repérée et demandeuse, en un temps pas très ancien où RTT et samedi sans école n’existaient pas.
Depuis ? Rien de fait ! Comment voulez-vous que cette belle proposition puisse prendre ? D’autant qu’on se démènerait pour un développement touristique en direction de besoins individuels extérieurs, alors que les élus locaux ne se sont pas souciés de la qualité de vie ou de l’enclavement de leurs administrés, les jetant sur les routes pour trouver une activité professionnelle inconnue près de chez eux. On s’étonne ensuite de la paupérisation de ces zones rurales, dont la dernière mutation les a transformé en frange dortoir. Navrant qu’à l’époque, certains de ces élus étaient encore aux commandes du Département. Dommage encore que cette belle proposition s’adresse enfin aux initiatives privées lorsque l’avenir assombri, et quelques fois bancaire, ne leur prête guère de crédit. Pour autant, ce sont eux qui ont démontré par le passé une entreprenante implication. L’étude soulignait que le parc hôtelier local était essentiellement constitué de chambres d’hôtes et de gîtes. Faut-il alors rappeler à certains magistrats communaux comme cantonaux l’énergie et l’implication civiles gaspillées dans les commissions de réflexion dans le cadre du Pays Bassée-Montois ? Ce dernier regroupait alors près de 50% des communes concernées aujourd’hui ?
Enfin, l’économie que génère le tourisme, même si celui-ci semble s’éroder moins violemment que d’autres secteurs, ne peut être la réponse unique, voir salvatrice de zones rurales désertifiées : autre question soulevée par le nouveau SDRIF et le Grand Paris. Ce grand pari serait-il de ne pas regarder ces territoires comme de simples espaces en oubliant ceux qui y vivent, mais d’envisager l’avenir en considérant ceux qui voudront y rester, bientôt ! Quelle réponse ferons-nous aux enfants issus moins d’une filiation locale disparue avec l’activité agricole que de résidents installés il n’y a pas 15 ans et qui rêvent de fixer leur famille dans un cadre de vie délibérément choisi.
Le bon sens paysan, si prompt à monopoliser les débats dans nombre de réunions locales et régulièrement réfractaire à toute évolution, devrait mettre à profit cet adage :
"Les plats ne passent qu’une fois !"

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