Les Gâtinais sont multiples : beauceron, français, orléanais… On parle encore du bocage Gâtinais. Toutes ces identités démontrent bien l’originalité de ce territoire constitué de paysages contrastés et insolites : clairières, forêts, sables, bois en lanières, plaines agricoles, vallées sèches, chaos de grès... Le regard se portera sur la partie Sud du Parc Naturel du Gâtinais français bordant la forêt de Fontainebleau. Ce point de vue n’a pas de valeur scientifique ou historique. Il n’est qu’évocation, sensation ou impression, semblable à l’œil du peintre, à l’imaginaire du chroniqueur, au souvenir du voyageur.
Il faut accoster par l’Ouest en quittant l’océan des blés et saisir le panorama par-dessus l’épaule de Balthus, là où sur la toile, il fixe en « 1939 ; Larchant ». Curieux paysage où ce qui domine ne tranche pas l’horizon. La route serpentine qui dévale vous incite à l’allégeance au pied de la Ferme du Chapitre, séculaire seigneur des lieux. On pénètre alors dans un livre d’illustrations médiévales en relief. La lumière estivale blanchit les murs de grès de ce décor minéral. Le soleil du plein après-midi a fait fuir les vivants. Les pèlerins de Pentecôte sont loin et les processions de Sainte Pipe ne servent plus à invoquer les pluies abondantes. Seule la flèche mutilée de Saint Mathurin empreinte de majesté, gardienne protectrice, pourrait gratter le ventre des nuages et leur soustraire quelques larmes. La fraîcheur, il faut la chercher près du marais, au sortir du village. Comme une oasis, on y trouve quelques campements qui n’ont plus rien de nomades, tant leur confort a poussé leurs hôtes à s’enraciner d’ingéniosité naufragesque. Ponctués par les cris de jeux d’enfants, les échos de repas de famille percent à travers la ramure qui les étouffe au loin. Entre la frondaison des peupliers argentés, les remparts de roseaux laissent imaginer tout un monde secret aquatique et volant. Le parfum des pins et la mollesse du sol sous les pas évoquent l’univers maritime. Mais à peine faut-il gravir le relief, que la chaleur du sable des clairières vous saisit par les chevilles, comme l’avertissement d’une ascension aride. Une fois avalé par la forêt, s’instaure alors un jeu de piste dans ce labyrinthe de créatures extravagantes qu’un sort a figé dans le grès : gargouilles et monstres marins, gorgones à peau de lézard. Ce bestiaire fantastique fait sentinelle autour de la Dame Jouanne, reine des lieux, dont la traîne de sable apparaît de temps en temps. Soudain, les flots bleus inondent par-dessous des arbres une terrasse de pierres. La méditerranée n’est pas loin ! Les arbres bas se prendraient bien pour des oliviers surplombant la calanque si l’orée de la forêt n’attirait le promeneur, invitant son regard à survoler cette canopée immense alanguie à ses pieds. Au bord de l’abîme, on se sent pousser la voilure d’une buse, rêvant de planer au-dessus de ce tapis de mousse géante. L’œil cherche alors des repères sur ce golfe verdoyant. Seule la tour de l’abbaye émerge au loin comme une épave, parée d’un diadème de verdure qui ferme l’horizon au couchant. Le regard s’enfuit alors à l’opposé, par-delà le marais toujours invisible, mais que les hauts grisards délimitent. Au fond, la vallée du Loing qui abreuvait jadis la forêt de la Commanderie l’a déserté depuis longtemps pour un autre lit ! Retournez-vous ! Une discrète porte de grès s’ouvre sur un jardin originel qui semble façonné par l’homme. Il vous invite à la descente par un escalier aux milles marches, sinuant sous un ciel de lit végétal qui filtre les rais du soleil. On se plait à parcourir cette peinture impressionniste. La rumeur humaine grandissante rappelle alors le promeneur de son périple Robinson.

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