Depuis plusieurs mois déjà, la garde rapprochée de McCain n’avait de cesse de railler le prétendu manque d’expérience de Barack Obama en politique. Une prise de position que partagent d’ailleurs bons nombres d’américains qui craignent d’élire un président n’ayant pas encore fait ses armes. Aussi, le choix du candidat républicain de prendre comme colistière Sarah Palin peut sembler risquer. En effet, cette femme de 44 ans, ex-maire d’une ville de 7.000 habitants et gouverneur, depuis deux ans seulement, de l’Etat éloigné de l’Alaska, n’a que très peu d’expérience en politique. Elle était d’ailleurs quasi inconnue du grand public il y a encore quelques semaines. La nouvelle a bien évidemment surpris l’ensemble du monde politique et médiatique qui s’attendait à voir apparaître dans ce rôle un poids lourd républicain censé imposer, comme McCain, le respect et la confiance aux électeurs les plus sceptiques. Le calcul politique du candidat républicain laisse donc perplexe. Certes, Sarah Palin fait preuve d’un talent indéniable de communication et dispose du don rare de soulever les foules par des discours enflammés (elle est diplômée en communication et en journalisme). Pour autant, son inexpérience n’est pas là pour la soutenir. C’est sur le domaine international qu’elle est la plus vulnérable puisqu’elle n’avait jamais mis les pieds à l’étranger avant juillet 2007, date à laquelle elle a effectuée une visite aux troupes américaines basées en Allemagne et au Koweït. Preuve de son inexpérience dans ce domaine : elle a déclaré souhaité l’intégration de la Géorgie à l’OTAN, même si cela devait amener un guerre ouverte contre la Russie. Pour palier ce manque d’expérience, donc, Sarah Palin va assister, cette semaine, à une formation accélérée en rencontrant des dirigeants étrangers au cours de l’assemblée générale de l’ONU à New York. Objectif : se faire des relations pour pouvoir prétendre à la légitimité de son poste de vice-présidente des Etats-Unis (dans le cas, bien sûr, ou McCain est élu lors des élections du 4 novembre prochain). Une rencontre est même prévue avec l’ancien secrétaire d’Etat Henry Kissinger, l’un des diplomates américains les plus réputés.
Contre l’avortement, même en cas de viol ou d’inceste
A peine fut-elle désignée que Sarah Palin se révéla être une camarade encombrante pour John McCain. Championne toutes catégories des déclarations « réacs » en tout genre, elle a dû faire face ces dernières semaines à quelques révélations plutôt inconfortables. On apprenait en effet qu’elle était fortement soupçonnée d’avoir fait virer son ex-beau-frère de la Garde nationale et qu’elle aurait flirté, il fut un temps, avec le parti indépendantiste d’Alaska. Par ailleurs, sa fille de 17 ans vient d’annoncer qu’elle attendait un bébé. Bien entendu, l’annonce n’a rien de scandaleuse en soi, mais elle met la colistière républicaine dans un drôle d’embarras dans la mesure où elle est connue pour ses diatribes tonitruantes prônant la chasteté avant le mariage ou encore l’interdiction formelle à l’avortement, même en cas de viol ou d’inceste. On touche d’ailleurs ici à l’un de points fondamentaux de sa personnalité politique. Sarah Palin est une figure religieuse se rapprochant très souvent de l’extrémisme. A coté d’elle, George Bush, très critiqué déjà sur ce point là, apparaîtrait comme un croyant très modéré et pragmatique. A titre d’exemple, elle ne rate jamais une occasion de prétendre que la volonté de Dieu guide ses décisions et que l’envoi de troupes en Irak fait partie du plan du Seigneur.
Galvaniser la droite religieuse
Aussi, les spéculations sur l’utilité de sa nomination vont bon train. Certains pensent que John McCain l’a choisit pour galvaniser la droite religieuse, une partie de l’électorat dont, de toutes manières, aucun des deux candidats ne peut se passer de par son importance et son influence au Etats-Unis. Barack Obama l’a d’ailleurs bien compris puisque chacun de ses discours est teinté d’une religiosité non feinte. D’autres pensent plus que les républicains souhaitent récupérer le vote des femmes démocrates qui soutenaient Hillary Clinton. Il est vrai que Bush avait été élu en 2004 grâce, notamment, au basculement d’une partie de l’électorat féminin de sensibilité démocrate en sa faveur. Mais, vu les convictions de Palin sur l’avortement, le port des armes (elle est membre de la National rifle association, le plus grand lobby des armes à feu), ou encore l’environnement, on voit mal les partisanes d’Hillary, qui, au contraire, a des conviction cent fois plus progressistes, se rallier à la cause de McCain sous le seul prétexte que sa colistière est une femme. Toujours est-il que cette annonce a au moins eu l’effet de concentrer toute l’attention des médias sur le camp républicain qui profite ainsi d’un regain de jeunesse face aux 72 ans bien sonnés de John McCain.
Pierre Choisnet

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