Grande figure du théâtre contemporain, considéré comme l’un des metteurs en scène les plus importants depuis Jean Vilar, Roger Planchon a quitté la scène le 12 mai dernier à la suite d’une crise cardiaque. « Il a travaillé jusqu’à la dernière minute en se battant pour continuer à faire du théâtre » a indiqué son fils Stéphane. Tout comme Molière dont il a souvent mis en scène les oeuvres : Tartuffe, George Dandin, Le Triomphe de l’amour, L’Avare... On lui doit aussi de nombreuses mises en scène de Brecht, Shakespeare ; des créations d’auteurs contemporains, d’Arthur Adamov à Michel Vinaver... dirigeant Jean Carmet, Michel Serrault, Annie Girardot ou Robin Renucci.
De son enfance en Ardèche où il a vu le jour en 1931 dans une famille paysanne, il s’inspirera de la ruralité dans son travail artistique comme dans sa première pièce écrite à 33 ans "La Remise". Mais si l’immortalité retiendra la carrière de dramaturge, metteur en scène, et cinéaste français, rien ne laissait présager que cet employé de banque découvre sa vocation en recevant le premier prix d’un concours de théâtre amateur en 1949. Trois ans plus tard, il crée le Théâtre de La Comédie, à Lyon.
En 1957, il prend la direction du Théâtre de la Cité ouvrière de Villeurbanne. Figure importante de la décentralisation théâtrale, il entame une réflexion critique sur les œuvres, s’interrogeant sur la place du théâtre dans la société, ou le lien entre destin individuel et collectif. Il prend alors le parti d’un théâtre populaire, moyen pour lui de réaliser des actions populaires par la découverte des classiques au grand public. Après sa rencontre avec Bertolt Brecht en 1954 et sa mise en scène de "Grand-peur et misère du Troisième Reich", il développe sa vision personnelle du réalisme.
En 1972, le Ministre de la Culture, Jacques Duhamel offre au Théâtre de la Cité le label de Théâtre National Populaire, comme une reconnaissance artistique. Roger Planchon en prend la direction, qu’il partage avec Robert Gilbert et Patrice Chéreau.
Roger Planchon fréquente aussi le cinéma pour lequel il a réalisé trois longs métrages : George Dandin ; Louis, enfant roi - revisitant l’enfance de Louis XIV - et Toulouse-Lautrec. Il y interprétera des personnages comme le juge dans le film de Daniel Vigne "Le retour de Martin Guerre", en 1982.
Il fonde Rhône-Alpes Cinéma en 1990, puis ouvre un studio de cinéma de 902 m2, capable de se transformer en un Théâtre Studio de 700 places.
En Mars dernier au théâtre Silvia Monfort, le public l’applaudissait dans un spectacle de Ionesco "Amédée ou comment s’en débarrasser", dans lequel il jouait aux côtés de sa femme, Colette Dompietrini. Jouant, dansant, chantant, ces représentations l’avait affaibli. Il préparait un spectacle sur Sade.

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