Comme chaque matin, l’autoradio débite sa litanie d’informations : chômage en hausse, fermeture d’entreprises, crise économique. Rien n’échappera à l’hydre de la récession ! Et pourtant, en traversant la Forêt de Fontainebleau, on s’évade en pensant que ces lieux ont vu passer l’histoire humaine, aussi immuables que ses vénérables grands arbres ; qu’ils lui survivront sans doute. Pour ces témoins du temps, la récession constitue une phase du cycle, comme l’indique l’automne. La nature s’étiole, le feuillage s’effondre. Rien d’inquiétant ; rien à moins que…
Cette saison, d’ordinaire propice à voir surgir les couleurs fauves et les champignons, se pare de drôles de signes sur les routes forestières. Certains les ont peut-être remarqués sur leur trajet quotidien. Une question qui se lit comme une charade :
Quelle…
forêt…
pour…
nos enfants ?
Est-ce l’œuvre d’un excentrique voulant laisser trace à la postérité d’un bitume lisse et neuf ou donner à philosopher à l’automobiliste ? L’explication est moins poétique, plus matérialiste, voire capitaliste. Marchandons notre environnement et profitons à court terme de ce qu’on nous a légué avant que les suivants nous demandent des comptes. Car c’est bien de cela qu’il s’agit !
Gérer la forêt comme une vulgaire denrée. À l’heure où s’instaurent des filières éco-citoyennes pour gérer les bois exotiques que les occidentaux consomment goulûment, notre gouvernement considère notre espace forestier comme non rentable et exige de ses services un gain de productivité accru. Ainsi l’Office National des Forêts, en charge de la gestion des futaies françaises, donc de leur pérennité, se voit contraint de vendre le bois pour satisfaire au chiffre spéculatif et bientôt justifier l’existence de ses techniciens. On parle déjà de privatiser la gestion forestière pour que rentabilité rime avec tronçonnage massif ! Inversement, le personnel de l’ONF se considère au service des arbres et des prochaines générations. Il ne verra jamais le fruit de son travail mesurable à 150 ou 200 ans de là. La journée d’un financier vaut 10 ans dans la vie d’un arbre.
Alors, sans que les médias s’émeuvent, le 13 novembre dernier, les syndicats organisaient au Champ de Mars une manifestation nationale de lutte contre le plan Fillon/Drège, noms du Premier Ministre et du Directeur Général de l’ONF. Les forestiers demandaient la mise en place d’un grand débat national sur les questions forestières, souhaitant des réponses à la hauteur des enjeux. Parmi eux, un nous concernent particulièrement tous comme citoyens :
le changement radical des financements de l’ONF afin qu’ils ne soient plus liés aux produits des ventes de bois.
Si nos enfants ne sauront pas à quoi servaient une boîte aux lettres jaune ou un timbre, le parfum et l’essence d’un arbre, la beauté d’un paysage forestier et toute la vie qu’il abrite et qu’il génère pourraient bien leur être inconnus autant qu’une bouffée d’oxygène. Faudra-il alors rappeler aux spéculateurs que le bois ne sert pas qu’à faire du papier à billets…
Les forestiers du SNUPFEN Solidaires demandent que soit rapidement mis en place un grand débat national sur les questions forestières :
* Une politique forestière nationale.
* La garantie d’une équité de traitement entre les régions.
* Une gestion forestière publique seule garantie possible pour assurer la pérennité des forêts.
* Une gestion forestière durable capable d’assurer sur le long terme, la production de bois, les enjeux environnementaux et l’accueil du public.
* Des moyens humains adéquats afin d’assurer concrètement une politique forestière tournée résolument vers la forêt.
Pour cela, le SNUPFEN Solidaires demande :
* Un arrêt des suppressions d’emploi à l’ONF.
* Un arrêt des suppressions de sites et de la délocalisation parisienne.
* Une gestion forestière assurée par un forestier généraliste capable d’appréhender l’ensemble des problématiques des forêts dont il a la gestion.
* Un changement radical des financements de l’ONF afin qu’ils ne soient plus liés aux produits des ventes de bois.
* Un audit externe sur la gestion des personnels de l’ONF pour que soit mis fin au malaise social qui existe au sein de l’établissement depuis 2002.


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