Les politiques débattent du fonctionnement à venir de l’audiovisuel public, remis en question par le cadeau financier du Président de la République qui offre à ses amis du privé, toutes les parts du gâteau publicitaire, comme l’ultime goinfrerie avant que cela disparaisse inexorablement. Depuis longtemps, la presse papier est déjà affamée par le désintérêt des annonceurs sur lesquels elle a déjà trop compté pour vivre. Ceux-ci se sont tournés vers des supports plus fréquentés par une clientèle potentielle, profitant d’un changement sociétal suscité par l’attractivité des nouvelles technologies. L’une est marquée par la masse de ses utilisateurs et donc synonyme de profit mercantile : la téléphonie. L’autre défend des vertus démocratiques et l’expression libre : Internet. Ainsi, supprimer les moyens qui participent à l’indépendance et la pluralité d’une télévision est le plus simple procédé pour l’anémier sans la censurer ouvertement. Nul besoin d’exhumer Peyrefitte et Zitrone du caveau de l’ORTF. Mais pendant qu’on livre tout cela aux marchands du Temple, on en oublie qu’on exploite la situation à des fins autoritaristes ou liberticides.
Toutefois, dans le registre de l’insidieux, le plus sournois reste à venir. Lorsque le marché rejoint le politique, lui-même dépendant du premier, on peut s’interroger sur l’avenir d’une de nos libertés fondamentales qui permet d’accéder aux suivantes : l’expression. À l’image de sponsors abandonnant des sportifs dopés, on peut se réjouir de la moralité d’annonceurs publicitaires qui hésitent maintenant à promouvoir leurs produits dans des médias informatiques, soupçonnés d’être laxistes sur des contenus anti-sémites ou pornographiques. Mais quand le moteur de recherche planétaire dicte à son tour le marché par un système de référencement (Google Trend) qui analyse l’usage le plus fréquent des mots-clefs employés par les internautes, on peut s’attendre à voir sur nos écrans d’ordinateurs des noms de produits au premier abord fantaisistes. C’est un peu moins drôle lorsque l’information en ligne sera sélectionnée sur ce principe ! Car, comme à la vieille époque du journal papier, les rédactions en ligne espèrent vivre du même marché publicitaire. Et si vous suivez cette réflexion, son illustration est simple : avez-vous le souvenir d’un reportage qui ferait état des pratiques non-concurrentielles d’alliances commerciales entre opérateurs téléphoniques sur la première télévision privée française ? Alors, la distance qui sépare l’économique du pouvoir politique apparaît bien courte quand on sait ce que ce dernier lui doit pour son accession ! Quand nos intérêts rejoignent les préoccupations de nos amis.
Sources : Bakchich.info du 3 décembre. Les Inrockuptibles n°680 .

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