Les Gâtinais sont multiples : beauceron, français, orléanais… On parle encore du bocage Gâtinais. Toutes ces identités démontrent bien l’originalité de ce territoire constitué de paysages contrastés et insolites : clairières, forêts, sables, bois en lanières, plaines agricoles, vallées sèches, chaos de grès... Le regard se portera sur la partie Sud du Parc Naturel du Gâtinais français ouvrant sur de grandes plaines ; ce plateau du Gâtinais surnommé la "petite Beauce " qui s’est transformé et enrichi depuis plusieurs décennies grâce aux progrès techniques de l’agriculture. Ce point de vue n’a pas de valeur scientifique ou historique. Il n’est qu’évocation, sensation ou impression, semblable à l’œil du peintre, à l’imaginaire du chroniqueur, au souvenir du voyageur.
Lorsque l’on débouche de l’Est par la forêt de Bière et le massif des Trois Pignons ; là où l’œil s’est heurté au jeu vertical des arbres et l’épaisseur de leurs frondaisons, la plus forte sensation est sans doute provoquée par l’immensité du panorama. Un océan de blé vert cher à Folon, ondule comme une houle au reflet roux et s’étend à perte de ciel. Seuls quelques îlots rompent l’uniformité. On pense aux dos de baleines assoupies au soleil dont la peau hébergerait quelques coquillages et algues. Des hommes ont accosté sur ces rochers, il y a longtemps, comme pour prendre de la hauteur au milieu de ce plat paysage. Ils y ont érigé des vigies pour voir venir de loin et se préparer à affronter le danger. Se rassurer dans un lieu commun autour d’un dieu qui règne sur cet infini.
Quand la vue s’élève vers les cieux, c’est bien cela qui invite à la contemplation. Observer les nuages dont aucun relief vient arrêter la course. Au loin découpés sur la ligne d’horizon, les clochers balisent un chenal pour orienter ces nefs du ciel. Comme pour tenter de les capturer dans leur migration, nos îliens terrestres se muent alors en pêcheurs, tendant de longues lignes entre les bras métalliques d’immenses pylônes.
Mais comment naviguent ceux qui vivent là ? À marée haute, lorsque la mer végétale inonde la plaine, on soupçonne un réseau. Les gués qui relient les reliefs sont en creux dans un océan à l’envers dont le fond d’épis est tourné vers le ciel. On peut suivre les chenaux principaux dans ce pertuis ou couper court par de multiples passes. Mais gare à celui qui emprunte ce labyrinthe sans murs, on se perd aisément dans ce quadrillage. Et puisque tout est renversé sur cette terre, l’eau est en haut de ces promontoires… La vie aussi. Enfin, lorsqu’on grimpe vers l’un d’eux, les rues nous aspirent au centre, au pied du phare de pierres et de l’abreuvoir gardé par un bataillon de tilleuls. Les maisons y sont serrées comme pour y perdre le vent et l’essouffler. Un monde secret sommeille derrière les hauts murs de grès qui au premier rayon du soleil prennent des couleurs de sable. Chaque fenêtre ouvre vers le centre d’un jardin, d’une cour particulière. On se protège des regards ou du mauvais esprit. Car lorsqu’on quitte les vivants, on dort à l’extérieur au bas du village, après le verger, à l’écart... dans le cimetière.
D’en haut, le regard domine alors les quatre cardinaux de ce paysage en rond de bosse. La rue du levant, le chemin du rempart ouest en témoignent. Au Nord, plus bas, plus verts, en creux, les bois en lanières tracent la vallée de l’Essonne. À son contraire, des cimes vertes émergent des blés et signalent la Forêt de la Commanderie qui sert d’écrin à l’abbaye de Larchant.

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