Mai 68 a 40 ans ! Et pour cette énième commémoration des évènements de cette grande période de changements que fut l’année 1968, les médias de toutes sortes, ainsi que les politiques, se sont largement fait les portes paroles de son héritage. Que nous reste-il aujourd’hui de cette révolution des mœurs ? Où plutôt, que lui doit on réellement ? Et, enfin, la grande question : doit-on clore mai 68 ? Le sujet est sensible et ne manque pas de ressusciter la polémique. Il y a ceux, d’un coté, qui sont nostalgiques de cette époque, et ceux, de l’autre, qui voient dans Mai 68 la source de tous les maux de notre société et de sa « décadence ». Au bout du compte, les « anti » et les « pro » se renvoient leurs arguments au visage comme autant de preuves sensées légitimer leurs opinions. D’ailleurs, souvenons nous, c’est Nicolas Sarkozy (encore lui !) qui, lors de sa campagne électorale de 2007, avait jeté le premier un pavé dans la mare. « Je veux tourner la page de Mai 68 », affirmait alors l’actuel président lors de son meeting au Palais omnisports de Paris-Bercy le dimanche 29 avril. Selon lui, Mai 68 aurait prôné « l’assistanat, l’égalitarisme, le nivellement et les 35 heures » et « tourné le dos aux travailleurs de notre pays ». A gauche, comme chez ceux qui voient dans les évènements de 68 la source de la modernité, la pilule avait eu du mal à passer. On se souvient alors de la réponse de François Hollande déclarant : « ce n’est pas la société de demain que prépare Nicolas Sarkozy (...) c’est la société d’hier ou d’avant-hier".
Au final, toutes ces polémiques sur Mai 68 traduisent l’entêtement, des deux cotés, à ne voir ces évènements que sous l’angle national. En effet, l’année 68 fut grande, mais pas uniquement à cause de manifestations étudiantes et ouvrières dans Paris. Cette révolution des mœurs ne peut se lire qu’à travers un dynamique qui emporta le reste du monde, alors engagé depuis plusieurs années dans la « guerre froide » et dans la lutte des deux blocs. Car 1968 dans le monde, c’est un soulèvement général de la jeunesse de Milan, de Tokyo mais aussi de Berlin et de Mexico. C’est aussi la tragique guerre du Vietnam ou l’armée américaine s’embourbe depuis 4 ans déjà. Où encore la mort de Martin Luther King assassiné le 4 avril en plein élan des revendications égalitaires de la communauté noire aux Etats-Unis. C’est aussi, et surtout, l’année du Printemps de Prague ou l’URSS écrase sauvagement un soulèvement populaire dont l’ambition première était de se détacher de la tutelle dictatoriale soviétique.
En réalité, l’année 68, c’est surtout la révolte d’une jeunesse mondiale qui ne croit plus au libéralisme tel qu’il est imposé et qui exècre par-dessus tout cette société qui réduit le citoyen à un consommateur robotisé. Quant au mirage « socialiste » de l’URSS, il ne prend plus. L’idée de débarrasser le socialisme de ses démons totalitaires et de lui donner un « visage humain » en découle Quant à la France, après ce célèbre mois de mai, elle ne sera plus jamais la même : l’autorité, la sexualité, la place de l’homme et de la femme dans le couple mais aussi dans la société, tout est redéfini. De même, les revendications homosexuelles vont s’affirmer et les femmes vont enfin s’émanciper.
Pierre Choisnet

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