Un seul s’exprimait en russe. Un interprète, apparemment. Cela m’a renvoyé quelques mois en arrière… Mais l’étranger n’avait rien d’un Fritz. Quant à dire de quel pays il venait… Je n’avais jamais entendu la langue qu’il parlait.
Le fauteuil, parait t’il, avait mal supporté un voyage en avion : une des roues s’était voilée. Je n’ai pu m’empêcher de me demander quel étranger handicapé pouvait bien venir - en avion - à Yalta. Et surtout pour quoi faire ? L’époque n’était pas aux bains de mer… Mais ici, moins on en sait - surtout sur les étrangers - mieux on se porte. Je me suis donc contentée d’examiner le fauteuil. C’était un modèle simple avec une assise en bois et des roues pas bien hautes. Je n’en aurais pas pour longtemps, à le réparer.
Cela tombait bien, mes clients étaient pressés. L’étranger a baragouiné quelque chose et l’autre m’a expliqué que le propriétaire du fauteuil en avait besoin pour demain, à la première heure, que le travail devrait être impeccable et que mon tarif serait le sien. Pourrais je le ramener dès ce soir à Livadia, au palais ? "Bien sûr", j’ai répondu. J’en profiterai pour aller voir la mer.
J’ai pris une étiquette, je l’ai lié à la poignée du fauteuil et j’y ai noté « pour le 3 février 1945 » Puis, j’ai demandé :


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