Depuis les dernières élections présidentielles, qui ont vu le sacre de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République française, les socialistes ont la gueule de bois. Ils se traînent derrière une majorité volontariste et un président hyperactif. Ils ratent le coche comme lors du débat sur « Edvige » ou ils auraient pu (enfin !) jouer le rôle d’une opposition vigoureuse et fortement campée sur ses valeurs. Mais le plus souvent, ils se contentent de s’agiter dans le seul but de donner l’illusion qu’ils sont présents. C’est une réalité : le parti d’Epinay, fondé par François Mitterrand en 1971, est en proie à une crise sans précédent. A tel point que l’on en vient à se demander si la fin du règne de François Hollande ne marquerait pas la fin du Parti socialiste lui-même ? Le plus dramatique dans tout cela, c’est que tous s’accordent pour diagnostiquer la maladie de leur force politique. Messes basses, manœuvres politiques, longs couteaux et, surtout, aucune unité, font de l’opposition française une cacophonie quand elle devrait, au contraire, être claire et intelligible. Les uns dénoncent le nombrilisme des autres quand ces derniers les accusent en retour de trahison. Même le premier secrétaire, François Hollande, en fait l’amer constat. « Ce n’est pas notre existence qui est en cause, ni même notre identité, nous sommes tous des réformistes, ce qui est en cause, c’est notre capacité collective à incarner l’espoir, le changement, et donc la victoire », plaide-t-il. C’est comme ci la sagesse individuelle laissait place à la bêtise collective.
Enracinement au niveau local
Pourtant, les socialistes vont bien devoir s’entendre s’ils veulent proposer un présidentiable pour l’échéance de 2012. Or, le congrès de Reims, mi novembre, risque de ne rien résoudre aux guerres internes que se livrent les poids lourds du parti depuis maintenant trop longtemps. Les militants, quant à eux, se retrouvent perdus au milieu des influences diverses des « grands » et de leur garde rapprochée : Laurent Fabius, Ségolène Royal, Bertrand Delanoë, Martine Aubry, ainsi que les « jeunes » rénovateurs comme Pierre Moscovici, Manuel Valls, Julien Dray ou encore Arnaud Montebourg. Ils font tous partie de la même maison, celle de la rue Solferino, mais ne peuvent plus se voir en peinture. Dans ses conditions, forcément, la rénovation et l’unité semblent compromises. Pour se consoler, les socialistes préfèrent donc mettre en avant leurs 21 nouveaux sièges au Sénat, ainsi que leur succès aux élections régionales de 2004 et leur écrasante victoire lors des dernières municipales. Cet enracinement au niveau local est sans conteste une force, mais c’est aussi leur faiblesse, peut être même l’une des pires. Car, au final, la Ve République française fonctionne au suffrage universel et tout passe, en fait, par l’élection du président de la République. En gagnant en importance dans les régions, donc, le PS risque de s’éloigner de plus en plus de l’Eldorado élyséen. Et par la même, de l’opportunité de diriger le pays.
Séisme d’avril 2002
Cette bérézina existe en réalité depuis longtemps. Elle a juste été révélée au cours du séisme politique d’avril 2002 qui a vu l’arrivée de Jean-Marie Le Pen au second tour des élections présidentielles. A cette date, les socialistes ont été confrontés à deux vérités. L’une : que les partis radicaux comme le FN n’avaient pas rendu leur dernier souffle. Et l’autre : que leur parti n’était plus la seule alternative possible à la droite française. De cette dernière vérité, il en a résulté la montée en puissance d’Olivier Besancenot, qui se pose comme l’alternative frontale au capitalisme, et la popularité, aux élections de 2007, de François Bayrou. Et c’est justement ces deux partis qui profitent le plus du vide politique que leur laisse le PS. En effet, en partant à la chasse aux éléphants, Besancenot et Bayrou resserrent les socialistes dans un étau qui pourrait s’avérer mortel.
Pierre Choisnet


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