Traversant l’Atlantique en 1927 après plus de 33 heures de vol, Lindbergh aurait-t’il pu imaginer 60 ans plus tard qu’un avion se déplaçant plus vite que le son effectuerait la distance en moins de 3 heures. Ce jour de Noël 1989, c’est un des multiples exploits que Concorde réalisa durant sa longue carrière. Mais plus qu’un symbole de la technologique humaine, il reste l’emblème des « Trente Glorieuses », étant à Pompidou ce que le France représentait pour De Gaulle.
Si on fête les 40 ans de son premier vol, l’aventure aéronautique de Concorde débute dès 1956, lorsque pour la première fois, on évoque chez Sud-Aviation le projet d’un avion supersonique à usage commercial. Mais en 1959, l’entreprise sait qu’elle ne pourra assumer seule les coûts de fabrication sans le concours de l’Etat français à qui les Anglais proposent leur aide pour développer le projet. Entre les deux gouvernements, un accord est signé en novembre 1962 leur faisant partager les coûts et bénéfices à venir du futur supersonique. La construction de deux prototypes débute en 1965 et leur réalisation prendra 4 années. Le n° 001 sort d’un hangar de Toulouse en décembre 1967. Le premier Concorde, immatriculé F-WTSS s’envole pour la première fois le 2 mars 1969 avec André Turcat, pilote d’essai aux commandes durant 42 minutes (F pour France, W comme pour tout prototype, TSS pour Transport Super Sonique). L’avion franchit Mach 1 en octobre et Mach 2 un an plus tard.
Pendant 5 années, Concorde subit une multitude de tests au sol et pendant plus de 800 H de vol. De nombreux vols d’essais entraînent des modifications liées à la sécurité, aux réductions sonores et à la pollution de ses moteurs, les plus puissants jamais conçus pour un avion de ligne. Dès lors, 16 compagnies aériennes dont 8 Nord Américaines s’engagent pour un total de 74 commandes. Le « choc pétrolier » qui marque l’année 1973 et les pressions écologistes entraînent en quelques mois leurs annulations. Air France et British Airways seront les seuls exploitants du Concorde qui se répartiront les 16 appareils supersoniques construits jusqu’à 1980.
Concorde recevra son certificat de navigabilité le 10 octobre 1975. 20 ans auront été nécessaire avant sa mise en service officielle le 21 janvier 1976 pour son premier vol commercial Paris - Rio aux couleurs d’Air France.

Les concurrents de Concorde
Khrouchtchev apprenant le projet de Concorde en pleine conquête spatiale, décida que l’URSS partirait également dans la course supersonique. Le Tupolev Tu-144, surnommé en son temps « Concordov » ou « Concordsky » fut le premier à s’envoler dès 1968. Alors que la concurrence fit rage, l’occident fut frappé par sa ressemblance avec le Concorde. Mais l’avion soviétique, très long à mettre au point, ne connut quasiment pas de carrière commerciale. Son crash au salon du Bourget en 1973 lors de sa démonstration juste après l’atterrissage de l’appareil franco-britannique mis un terme à leur rivalité.
En 1996, la NASA utilisa cet avion, rebaptisé TU-144LL, comme banc d’essais volant afin d’effectuer des tests dans l’hypothétique seconde génération de supersoniques.
Le projet américain Boeing Super Sonique Transport fut lancé en défit à Concorde. Deux industriels étaient intéressés : Lockheed avec son aile double delta, et Boeing avec une voilure à géométrie variable. C’est la deuxième proposition qui fut retenue. L’avion devait croiser Mach 3 tout en accueillant 300 passagers, mais avec ce type de géométrie, le supersonique à flèche variable pesait trop lourd...
Au cours de l’année 1968, la firme Boeing chargée de l’étude et de la réalisation d’un supersonique pour le transport commercial abandonna le premier projet pour revenir à un appareil plus conventionnel à géométrie fixe capable d’accueillir 280 passagers à Mach 2,7 sur 6000km : le Boeing 2707-300 qui ne verra jamais vu le jour.

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