Le lion politique était déclaré politiquement et médiatiquement mort. Exit l’ancien président de la République française avaient déclarés, tous en cœur, les fidèles de Sarkozy, qui ne juraient plus que par lui, et les tenants de la gauche perdante aux dernières présidentielles.
Après plus de 40 années de carrière en politique, il était exclu par le lynchage médiatique qui accompagnait cette nouvelle page de l’histoire française, celle de la Rupture, où les réformes dites « volontaristes » allaient de pairs avec une « peopolisation » excessive de la vie du nouveau chef de l’Etat et de ses deux femmes successives. Mais c’était sans compter sur le caractère indomptable de l’animal politique que fut Jacques Chirac, de son talent évident - malgré les nombreux ratés et tous les reproches que l’on peut lui faire - pour rester à flot, traverser les épreuves et en ressortir plus fort, grâce, notamment, à un talent inné : l’art de convaincre et même celui de manipuler. Ils le voulaient donc tous « out » du champ médiatique, il reprend l’offensive et s’offre une porte de sortie honorable en organisant sa retraite, bien loin du scandale des emplois fictifs de la mairie de Paris ou ceux du RPR (ancien nom de l’UMP).
« Il y a un vie après la politique »
C’est ainsi que l’ancien chef de l’Etat a lancé, lundi 9 juin, sa fondation pour la sauvegarde de l’environnement et la diversité des cultures. Au regard de ce nouvel engagement solennel, on ne peut s’empêcher de se rappeler la question de Michel Drucker, en février 2007, qui demandait à Jacques Chirac ce qu’il comptait faire maintenant. Ce dernier lui avait alors répondu : « il y a un vie après la politique, jusqu’à la mort ». Cette fondation qui porte son nom, et qui a été présenté au musée des Arts premiers, quai Branly, a donc pour vocation d’œuvrer pour la paix, de favoriser le développement durable ainsi que le dialogue et les échanges interculturels. Lourdes missions que l’ancien président s’est fait une joie de commenter devant un parterre de journalistes et de célébrités. Selon lui, en effet, la planète terre serait sous la menace de trois dangers imminents : l’uniformisation des cultures, la destruction de l’environnement et la pauvreté. Ainsi, l’accès aux médicaments et à l’eau potable, en plus de la lutte contre la désertification et la déforestation, seront au cœur de ses priorités, promet-il. Parmi les célébrités présentes, il est à noter la présence de Kofi Annan, ancien secrétaire générale de l’ONU et de Rigoberta Menchu, célèbre Prix Nobel de la paix, ainsi que la chiraquie au grand complet, de Michèle Alliot-Marie, ministre de l’Intérieur, à Christine Albanel, à la culture, en passant par Jean Louis Debré, président du Conseil constitutionnel.
Une ascension politique faite étape par étape
Cette nouvelle fondation Chirac est sans nul doute une occasion pour lui de se redonner un place sur la scène mondiale. Car cette place, il l’a perdue au soir de l’élection de l’actuel président. Nicolas Sarkozy, celui qui lui a tout pris en prenant racine à l’Elysée. Pourtant, tout affaibli qu’il était par ses dernières années de présidence, Jacques Chirac n’en restait pas moins un poids lourd de la politique, un rouleau compresseur qui dispose de relations haut placées dans toutes les ramification de l’Etat. Son ascension s’est faite étape par étape : premier ministre sous Valérie Giscard d’Estaing entre 1974-1976, puis sous François Mitterrand. Il fut également le premier maire de la ville de Paris de 1877 à 1995 pour enfin accéder à la plus haute fonction, celle de président, en 1995. Il signera ensuite sept ans plus tard un nouveau contrat avec les Français, avec une nuance toutefois puisque les présidentielles de 2002 furent marquées par la présence tragique de Jean-Marie Le Pen au second tour. Aussi, ce second mandat lui a été majoritairement accordé afin éviter de voir le président du Front national accéder au pouvoir. En définitive, la grande majorité des Français a toujours eu à composer avec lui dans le paysage politique. En effet, « depuis ce jour de novembre 1962 où il est entré dans l’équipe de Georges Pompidou à Matignon pour s’occuper des dossiers des Travaux publics, des Transports et de la Construction, Jacques Chirac n’a plus quitté les allées du pouvoir, les bureaux capitonnés des partis politiques, les avions privés, le confort des voitures officielles avec chauffeur et vitres fumées », écrivait Denis Jeambar, l’ancien patron de l’Express, dans son livre « Accusé Chirac, levez-vous ! ».
Mais si le bilan de Jacques Chirac est très mitigé au niveau national, il reste tout de même qu’il fut l’un des grands représentants de la France à l’étranger. Et de ses deux mandats à la présidence de la République, on retiendra surtout qu’il fut l’un des seuls chefs d’Etat en occident, par opportunisme plus que par conviction sans doute, à s’opposer à cette désastreuse croisade en Irak, dont tout le monde aujourd’hui s’accorde pour admettre qu’elle fut un fiasco.
Pierre Choisnet

envoyer par mail