La Seine et Marne

Charpak, Curtis ; deux destins, un point commun


Quand leur mémoire rattrape notre présent

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L’actualité est quelques fois curieusement funèbre, nous annonçant le même jour la disparition de deux personnalités contemporaines aux destinées bien différentes. Et pourtant, bien des points de leur existence réunissent ces hommes de même génération : de ceux qui ont traversé le plus grand traumatisme du XX° siècle - la 2ième guerre mondiale - ; réveillant notre mémoire par leur départ et rappelant ainsi que l’actualité est souvent reliée au passé.

Comme le générique de cette série télévisée* au succès mondial qui valut à Tony Curtis un retour de popularité, les 2 personnages pourraient égrainer les similitudes de leur jeunesse, tous deux issus de l’immigration. Fils d’un tailleur de confession juive, venu de Hongrie, le jeune Bernard Schwartz grandit dans un quartier pauvre de New York où règne la misère : le Bronx. Tandis que le petit Georges, né dans un ghetto juif de Pologne, arrive en France à l’âge de sept ans à l’aube du conflit.

La seconde page de l’album photo pourrait ouvrir sur leur engagement réciproque dans les combats alors qu’ils n’ont qu’une quinzaine d’années : l’un s’engageant dans l’US Navy, comme sous-marinier. Le second lutte dans les rangs de la Résistance sous une fausse identité, lui valant d’être capturé et interné à Dachau. Il sera naturalisé Français après la Libération, en 1946.

Démobilisé, Bernard devenu Tony, fait quelques apparitions à Broadway. Il obtient en 1948 un rôle dans le film noir "Criss Cross". Son allure de beau gosse lui vaut d’être remarqué par un producteur dès 1950. Il signe alors un contrat avec les studios Universal pour une durée de 7 ans. On connait ensuite son parcours qui le conduira de films d’aventures aux comédies, sous la direction des plus grands metteur en scène du moment : Carol Reed, Alexander Mackendrick, Richard Fleischer ou Stanley Kubrick. Il restera inoubliable aux côtés de Jack Lemmon et Marilyn Monroe dans la célèbre comédie "Certains l’aiment Chaud".

C’est l’après-guerre qui ouvrira les portes de la science à Georges Charpak. Une formation d’ingénieur à l’école des Mines précède son entrée à l’Organisation européenne de la recherche nucléaire (CERN) à Genève. Il y met au point des machines capables de traquer la structure fondamentale de la matière. Ses recherches vont révolutionner ce domaine, n’ayant de cesse, en parallèle de vulgariser son savoir auprès du plus grand nombre ; particulièrement en direction des lycéens avec le programme "la main à la pâte", repris dans de nombreux pays.

On pourrait refermer cet album double sur les honneurs qu’ils ont reçus, chacun dans leur domaine. L’Oscar du meilleur acteur sera décerné à Tony Curtis pour son rôle dans "The Defiant Ones", partageant l’affiche avec Sidney Poitier qu’il proposa pour partager cette récompense, à une époque où la ségrégation est encore forte. Membre de l’Académie des sciences, auteur de 8 ouvrages, Georges Charpak reçoit le Prix Nobel de physique pour l’invention de détecteurs de particules. Personnalité engagée, il dénoncera le risque de l’armement nucléaire, même s’il considère son usage civil, indispensable aux besoins d’énergie de l’humanité.

Mais ce qui les réunit au delà de leur disparition, c’est bien la nature de leurs origines, frappant ainsi l’actualité politique française et ses remous. Sans doute un bel exemple d’intégration ?

*"Amicalement Vôtre" ("The persuaders")


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jeudi 30 septembre 2010
 
 
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