La Seine et Marne

Boris Vian, auteur inimitable !


"On se rappelle beaucoup mieux les bons moments ; alors, à quoi servent les mauvais ?"

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Cette citation résume bien l’univers poétique et décalé qui marque l’œuvre de Boris Vian dont ce 23 juin célèbre le cinquantenaire de sa disparition. Issu d’une famille bourgeoise dont la richesse décline, son père rentier est contraint à de petits métiers et sa mère est pianiste et harpiste amateur. Boris voit le jour à Ville-d’Avray le 10 Mars 1920, second d’une famille de 4 enfants. À douze ans, on lui découvre une insuffisance cardiaque qui lui vaut l’affection pesante de sa mère. Il l’évoquera dans ses romans "L’Herbe rouge" et "L’Arrache-cœur". Malgré une scolarité souvent interrompue par une santé fragile ; il suit ses études primaires et secondaires au lycée de Sèvres (1927-1932), puis au lycée Hoche de Versailles. Après l’obtention d’un baccalauréat A-philosophie, option mathématiques, il entre à l’École centrale Paris en 1939. ses études d’ingénieur achevées, il travaille à l’Association française de normalisation (AFNOR), de 1942 à 1946. Il consacre alors son temps libre à l’écriture et à la musique jazz.

Artiste multiple

Sa carrière artistique débute comme trompettiste dans les clubs de jazz de Saint-Germain-des-Prés. Il fréquente les cafés de Flore ou des Deux Magots où il croise les intellectuels et artistes de la rive gauche : Jean-Paul Sartre, Raymond Queneau, Simone de Beauvoir, Juliette Gréco, Marcel Mouloudji ou Miles Davis. Dans le même temps, pastichant les romans noirs américains, il publie "J’irai cracher sur vos tombes" - un des succès littéraires de 1947 -, sous le pseudonyme de Vernon Sullivan. Ce roman controversé, malgré son succès, lui vaudra une condamnation pour outrage aux bonnes mœurs, trois ans plus tard. Tout aussi sombres et sarcastiques suivent les romans "Les morts ont tous la même peau, "Et on tuera tous les affreux" et "Elles se rendent pas compte", écrits de 1947 à 1950. Mais si ces œuvres à succès font vivre leur auteur, les romans signés de son vrai nom sont occultés et peu considérés. Après l’échec de "L’Arrache-cœur", Boris Vian abandonne la littérature.

De la plume à la trompinette, en passant par la chanson.

Il se tourne alors vers sa seconde passion : le jazz, jouant de la trompette de poche au Tabou, club de Saint-Germain-des-Prés. Connaisseur éclairé, Philips l’engage comme directeur artistique, tandis qu’il écrit des chroniques dans Jazz Hot durant 10 ans, jusqu’en 1958. Au côté d’Henri Salvador, il se lance dans la chanson, démontrant encore ses talents d’écriture, malgré un répertoire surréaliste et humoristique ; plagiant avec sérieux un autre phénomène musical - le rock - avec "Le Blues du dentiste". On lui doit aussi "La Java des bombes atomiques", "Les Joyeux Bouchers", "Fais-moi mal Johnny", "On n’est pas là pour se faire engueuler" et "J’ suis snob". Mais la plus célèbre parmi ses 461 chansons, reste "Le Déserteur", texte antimilitariste écrit entre la fin de la guerre d’Indochine et le début de la guerre d’Algérie. La version originale de cette chanson sera longtemps censurée sur les radios en raison du dernier couplet :
- "... Si vous me poursuivez
- Prévenez vos gendarmes
- Que je possède une arme
- Et que je sais tirer..."
- Ses apparitions en publique seront le cadre de débordements des mouvements d’extrême droite.

Durant cette période difficile, poursuivi par le fisc, il survit dans une chambre de bonne du boulevard de Clichy, grâce à son travail de traduction d’ouvrages américains : "Le Monde des _" d’A. E. van Vogt, "A Soldier’s Story", mémoires du Général Omar Bradley... Il renoue avec Raymond Queneau qui le nomme Équarrisseur de première classe (1952) au Collège de "Pataphysique" (science des solutions imaginaires), pour lequel sa collaboration lui permet d’exploiter sans mesure son imagination et sa poésie décalée.

C’est lors de la première de "J’irai cracher sur vos tombes", inspiré de son roman, le 23 juin 1959, que Boris Vian s’effondre frappé d’une crise cardiaque dans la salle du cinéma Le Marbœuf, à l’âge de 39 ans. En conflit avec les producteurs, il était venu dénoncer l’interprétation qui était faite de son livre.

Au cours des années 1960/70 et des événements de mai 68, on redécouvre l’éternelle jeunesse de Vian, lui procurant un immense succès public à titre posthume. Son œuvre comprend onze romans, quatre recueils de poèmes, plusieurs pièces de théâtre, des nouvelles, de nombreuses chroniques musicale, des scénarios de films, des centaines de chansons (pour Henri Salvador, Serge Reggiani, Juliette Gréco...

"La mort ? On s’en souvient plus après 100 ans"

Disait-il... Et pourtant, 50 ans plus tard, la poésie et le burlesque émanant de ses romans fantastiques les plus connus comme "L’Écume des jours", "L’Automne à Pékin", "L’Arrache-cœur" ou "L’Herbe rouge" sont aujourd’hui, toujours appréciés par des jeunes lecteurs.


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mercredi 24 juin 2009
 
 
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