Chancelant et fragile, il était monté sur le plateau des Victoires de la Musique le 28 février dernier pour recevoir ses récompenses, le consacrant artiste le plus primé de l’histoire de cette cérémonie avec un total de onze trophées. On honorait l’interprète et le meilleur album de l’année pour « Bleu Pétrole », son 14 ième disque. Le « dernier des géants », comme l’avait surnommé le magazine Les Inrockuptibles, a été terrassé par le cancer après un an de combat. Dernière apparition publique, ses concerts étaient annulés successivement.
Successeur de Gainsbourg, avec lequel il avait travaillé en 1982 sur l’album « Play Blessures », il a marqué la scène musicale française. Il y a tout juste 30 ans, son premier succès « Gaby, oh Gaby » le révèlera à un large public comme à des musiciens éclairés. Donnant ses lettres de noblesse au rock français, il a démontré que cette musique n’était pas réservée aux anglo-saxons.
Et pourtant ses débuts furent laborieux. Né le 1ier décembre 1947 d’une mère bretonne et d’un père algérien qu’il ne connaîtra pas, cet enfant du rock se nourrit d’Elvis Presley, Gene Vincent ou Buddy Holly. Durant 15 ans, Bashung court après le succès, sortant plusieurs disques sous différents pseudonymes et forme un groupe. Dans les années 70, il écrit pour des chanteurs comme Dirk Rivers. En 1973, il incarne Robespierre dans la comédie musicale de Claude-Michel Schönberg : La Révolution Française. 4 ans plus tard, son premier album « Roman Photos », qui est un échec commercial, scelle une longue collaboration avec le parolier Boris Bergman jusqu’en 1989. Entre temps, « Gaby » vendu à plus d’un million et demi d’exemplaires et « Vertige de l’amour » dans l’album « Pizza » -1981- lui font enfin rencontrer le succès. Lui succède Jean Fauque, avec qui Alain Bashung signe des albums importants : « Osez Joséphine » -1991- où l’on découvre l’univers poétique de « Madame Rêve » et « Fantaisie militaire » -1998- avec le succès de « La nuit je mens ».
Abordant plusieurs genres musicaux par une démarche novatrice et audacieuse sans céder à la facilité commerciale ; la rigueur, l’exigence et le perfectionnisme qui l’animeront constamment durant 30 ans d’une carrière artistique originale feront dire à Jean Fauque : « On n’a pas fini de se rendre compte à quel point son oeuvre va être durable ».
Avant ces Victoires de la Musique, l’artiste évoquait sa dernière tournée sur France Inter : « Incontestablement, ça m’a aidé à lutter contre la maladie… C’était quitte ou double : rester chez moi à tourner en rond ou aller dans une voie beaucoup plus difficile où il fallait une énergie incroyable » « L’affection que m’envoyaient les gens, j’avais l’impression que ça pouvait me guérir de tous les maux. C’est d’une telle force qu’on se dit : je suis immortel maintenant » avait-il ajouté. On ne le verra plus sauter à l’élastique… mais faire le mort.
À 61 ans, perfecto, jean moulant, l’élégant rockeur aux bottes de cow-boy « pleines des montagnes de questions où subsistent encore son écho… » a pris le dernier train à travers la plaine !

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